À quel moment, et par qui
L'analyse des offres intervient après la consultation des entreprises, dans la mission d'assistance pour la passation des contrats de travaux (ACT) de la maîtrise d'œuvre. Le maître d'œuvre, souvent avec l'économiste de la construction, reprend chaque offre, la contrôle, la compare et propose un classement au maître d'ouvrage. C'est le maître d'ouvrage qui choisit : l'analyse éclaire sa décision, elle ne la prend pas.
La pièce de référence est l'estimation établie avant la consultation, à partir du même métré et de la même DPGF. Sans elle, on peut classer les offres entre elles, mais on ne sait pas si la moins chère est raisonnable ou simplement incomplète.
Ce que l'on analyse
| Volet | Ce qu'on regarde |
|---|---|
| Conformité | l'offre est-elle complète, signée, dans les formes demandées par le règlement de la consultation |
| Prix | le total, mais surtout le détail poste par poste dans la DPGF ou le DQE |
| Valeur technique | le mémoire technique : méthodes, moyens, planning, matériaux proposés |
| Délais | la durée d'exécution proposée et sa cohérence avec le planning de l'opération |
| Variantes | si elles sont autorisées, ce qu'elles changent à l'ouvrage et au prix |
Contrôler les DPGF reçues avant de comparer
Une DPGF remplie par une entreprise se contrôle comme un document comptable. Les points qui reviennent à chaque consultation :
- Les postes non chiffrés : une ligne vide ou « compris » sans indication de l'endroit où le prix a été intégré.
- Les quantités modifiées : en DPGF, l'entreprise s'engage sur un prix global et peut corriger les quantités ; il faut savoir lesquelles ont changé et pourquoi.
- Les erreurs de calcul : un produit quantité × prix unitaire faux, un sous-total de lot qui ne reprend pas toutes ses lignes, un total qui ne correspond pas à l'acte d'engagement.
- Les postes ajoutés ou supprimés par l'entreprise, qui changent le périmètre de son offre.
- Les prix unitaires aberrants : un poste dix fois plus cher ou dix fois moins cher que chez les autres, souvent le signe d'une erreur d'unité (m² au lieu de ml) ou d'un prix déplacé d'une ligne à l'autre.
Quand le total et le détail ne concordent pas, le règlement de la consultation dit lequel prévaut et comment l'offre est rectifiée. Le candidat est alors invité à confirmer l'offre rectifiée. Mieux vaut avoir prévu cette règle avant la consultation que la découvrir pendant l'analyse.
Comparer à périmètre égal
Comparer deux totaux n'a de sens que si les deux offres chiffrent les mêmes postes. Une offre qui oublie le lot peinture paraît moins chère ; elle ne l'est pas. La bonne méthode compare chaque offre à l'estimation sur les seuls postes qu'elle a chiffrés, puis indique sa couverture : combien de postes de la DPGF elle a réellement chiffrés.
| Entreprise | Total HT chiffré | Écart à l'estimation | Couverture |
|---|---|---|---|
| A | 182 400 € | +4,2 % | 100 % des postes |
| B | 168 900 € | −3,5 % | 100 % des postes |
| C | 141 200 € | −8,9 % | 86 % des postes |
Dans cet exemple, l'offre C est la plus basse en total, mais elle laisse 14 % des postes sans prix. À périmètre égal, son écart à l'estimation est de −8,9 % : c'est l'offre B qui est la mieux placée parmi les offres complètes, et il faut demander à C de chiffrer ses manques avant de conclure.
Les offres anormalement basses
Une offre très en dessous de l'estimation et des autres n'est pas une bonne affaire par principe : elle peut cacher une erreur, un oubli ou un prix que l'entreprise ne pourra pas tenir. En marché public, l'acheteur qui soupçonne une offre anormalement basse doit demander à l'entreprise de justifier son prix, et ne peut la rejeter qu'après examen des justifications (articles L2152-5 et R2152-3 du Code de la commande publique). Aucun seuil n'est fixé par les textes : beaucoup d'analyses retiennent un écart de 20 à 30 % sous l'estimation ou sous la moyenne des offres comme signal, à examiner au cas par cas.
Critères et notation
Les critères de jugement et leur poids sont annoncés dans le règlement de la consultation : par exemple 60 % pour le prix et 40 % pour la valeur technique. On ne peut ni les changer ni en ajouter pendant l'analyse. Le prix est souvent noté par rapport à l'offre la plus basse ; la valeur technique, sur des sous-critères annoncés eux aussi. Chaque note doit pouvoir se justifier par écrit : c'est ce qui permet de répondre à un candidat évincé qui demande pourquoi.
HT ou TTC ?
L'analyse se fait en hors taxes, comme l'estimation : c'est la base commune à toutes les offres. La TVA ne change pas le classement, et son taux peut varier selon les ouvrages en rénovation de logement. Le TTC n'apparaît qu'au moment de rapprocher le montant retenu du budget du maître d'ouvrage.
Le rapport d'analyse des offres (RAO)
Le RAO consigne l'analyse et la propose au maître d'ouvrage. Un rapport complet contient :
- le rappel de la consultation : objet, lots, date limite, nombre d'offres reçues, critères et leur poids ;
- la conformité de chaque offre et les échanges avec les candidats (demandes de précisions, rectifications) ;
- une synthèse classée : total HT, écart à l'estimation, couverture, observations ;
- le comparatif par lot, poste par poste, avec l'estimation en regard ;
- les offres anormalement basses repérées et la suite donnée ;
- la notation détaillée et la recommandation d'attribution, lot par lot.
Avec Metrea
La DPGF exportée par Metrea depuis le métré part en consultation ; chaque entreprise la renvoie chiffrée et le fichier s'importe dans le projet, ses postes rattachés à ceux de l'estimation. Une DPGF dans un autre format s'importe aussi, rattachée par la désignation des postes. Metrea compare alors chaque offre à l'estimation, poste par poste et à périmètre égal, indique sa couverture, classe les offres par écart et signale celles qui sont à plus de 25 % sous l'estimation comme anormalement basses, justification à demander. Le RAO sort en PDF, avec la synthèse classée, le comparatif par lot, un commentaire par lot et la recommandation. La notation des critères techniques reste à faire à part, d'après le règlement de la consultation.